Citadine

Chenille sur plafond. Les certitudes d’un dehors flottent.

Publicités

La cohabitation

Une bonne grosse mouche sillonne les airs de notre cabane depuis plusieurs jours. Elle se pose de manière pataude le soir à l’extension du feu, comme pour préserver sa vitalité, et son vrombissement redémarre le matin à la première flambée.

L’entendre est presque devenu une habitude. Elle m’esquive, je la laisse tranquille. Nova tente parfois de la croquer au vol, mais de manière peu motivée, de sorte à ce que la mouche, toujours, s’écarte.

Dehors, voilà plusieurs semaines qu’il fait bien froid. Nous enchaînons les nuits de gel. Aussi, je la comprends, la mouche. Moi-même, je n’ai pas trop envie de me cailler les miches à l’extérieur.

Nous nous calfeutrons, dans ces 14 m². Jusqu’au retour hypothétique du printemps.

Prendre le pouls de la ville

Je suis revenue à Lyon pour quelques jours début octobre. J’écris « revenue » car je m’en étais écartée, progressivement, à petits pas, en juillet 2017, suite à ma décision d’arrêter mon activité professionnelle et d’entamer une période à durée indéterminée de retraite en rentrant chez moi à pieds.

900 km et un an plus tard, me revoilà. J’avais jonglé pendant trois ans de consulting entre ma vie campagnarde et ma vie citadine, à raison d’une semaine par mois en terre lyonnaise. 3 ans de grand écart, de voyages, qui m’ont à la fois fait du bien (le rythme de vie trépidant, les rencontres amicales, la cohésion de mon équipe de travail) et qui m’ont amenée petit à petit à reconsidérer la valeur de mon activité salariée.

Cette dernière année fut consacrée à mon réensauvagement, salvateur. Je ne pourrai résumer en quelques lignes cette transition forestière, mais force est de constater que cela ne me suffit pas, et que l’excitation des longues heures de train puis des journées en ville m’avaient manqué.

J’ai cette idée futile et persistante que ma compréhension du monde passe par de longues phases dans notre refuge mais aussi au contact de la ville. Pourquoi vouloir comprendre le monde ? Je n’en sais trop rien. Peut-être pour m’y sentir encore inclue. Pour ne pas ignorer ce qu’il se passe ailleurs, et ce qui, d’une certaine manière, justifierai mes choix actuels.

Toujours est-il que j’ai simplement eu envie de revenir, libérée cette fois des contraintes professionnelles. 4 jours bien vite passés, à revoir des visages appréciés et à passer un peu de temps avec chacun.e.

Parmi les moments les plus lassants, la sensation en fin de séjour d’avoir répété tant et bien un résumé de ma dernière année de vie, car sans Facebook, et avec un blog peu mis à jour, sans parler de contacts épistolaires par téléphone, la majorité des personnes revues ne savaient rien de moi depuis un an. C’est le jeu d’habiter loin et de m’être déconnectée de tous les réseaux sociaux.

Parmi les moments les plus désagréables – mais cela n’a pas été une surprise, mon incapacité à survivre plus de quelques jours dans le brouhaha, les vibrations et les mauvaises odeurs. Nous avions quitté Lyon, et la ville de manière plus générale, pour cela, et cela me rend folle, car il est impossible de m’en extraire facilement. Un peu de méditation pourrait peut-être faciliter les choses, mais étant donné ma motivation pour démarrer ce type d’activité…

Et parmi les moments les plus agréables, être là pour mes amis, pour les aider, pour les écouter, pour leur sourire, pour discuter calmement – ou pas – avec eux, pour voir de mes propres yeux leur transformation progressivement dans – ce que j ‘estime de manière complètement présomptueuse – la bonne direction… Se rappeler le passé mais aussi se dire que je reviendrai plus souvent pour nous revoir.

La ville, quant à elle, se meurt à petit feu. Les platanes, que je n’ai jamais reconnu comme une vraie expression de la nature, sont toujours aussi moches. Les vieilleries immobilières sont toujours rasées au profit de cages en béton et en verre. Mais cela ne me touche plus comme auparavant. Je le sais, je l’ai accepté, j’en suis partie.

Je vois désormais la ville comme un écosystème à part, une forme de vie monstrueuse qui accueille en son sein d’autres minuscules êtres vivants, ces ami.e.s qui me manquent quand notre forêt ne me suffit plus.

Café

Je bois du café parce que je vis – ou que je vivais – dans un lieu mal isolé, où mes mains se glacent vite dès que je saute du lit. Le feu de la gazinière réchauffe un peu l’atmosphère, mes paumes se collent sur la tasse brûlante, je frissonne et j’avale par petite goulée mon café.

Je bois du café parce que j’aime électriser mon cerveau et démarrer ma journée de travail, de code, tôt, le plus tôt possible, le matin, idéalement vers 8h, parfois avant, pour être fonctionnelle avant tout le monde, avant d’être envahie par les clameurs et les notifications.

Je bois du café parce que la saveur amère me plaît. Quand j’ai envie de changer, je mets un grain de gros sel pour couper l’amertume, je saupoudre de mélange 4 épices ou juste d’un peu de cannelle, je le coupe avec une boisson végétale, parfois même je prends le temps de me faire un pumpkin spice latte.

Je bois du café parce que j’aime ce rituel : attraper la cafetière italienne, la nettoyer rapidement de son précédent usage, doser avec précision la nouvelle tournée, allumer le gaz et approcher une flamme, récupérer une tasse qui a déjà servie.

Je bois du café parce que je peux tenir plusieurs heures sans manger. Je me suis rendue compte il y a très peu de temps que passer outre le petit-déjeuner avec deux cafés et déjeuner seulement vers 14h avait un nom : le jeune intermittent. Je me suis sentie moins anormale le jour de cette découverte.

Je bois du café pour éteindre mes migraines. Je ne suis pas vraiment sûre de son effet, mais j’ai déjà pu constater ses bienfaits au petit matin, alors que je traînais une migraine depuis la veille au soir.

Seulement voilà, après 15 ans de caféinite aiguë, j’aimerai me défaire de ce réflexe, de cette drogue qui m’asservi le corps et l’esprit chaque matin.

En coupant mon appétit avec le café, mon estomac produit des relents désagréables. J’ai cette sensation de vide et d’irritation en même temps.

Je me suis surprise plusieurs fois à devoir canaliser mon énergie, devenue colère, sans raison apparente, pour des sujets futiles.

Et puis, bien que je ne cherche pas la perfection dans ce domaine, ma consommation de café me questionne dans mon cheminement de consomm’action bio, locale et de saison.

J’ai déjà essayé d’arrêter – j’en parle comme une junkie, mais voyons la réalité en face non ? – en cachant ma réserve, en repoussant la date d’achat, mais cela s’est soldé, pour l’instant, par des échecs. Je ne baisse pas pour autant les bras.

En vivant – bientôt ! – dans un endroit bien isolé, en cueillant les plantes de notre environnement, en transformant le rituel du café du matin en préparation d’une boisson aux herbes sauvages (je pense notamment à cultiver de la chicorée et à d’autres plantes pouvant être torréfiées), en réservant la consommation de café à de rares moments réellement choisis.

Ce texte a été rédigé au deuxième café de la matinée.

Flux.

On m’avait brossé un joli portrait de mon futur hypothétique : en suivant la voie de la raison et des offres d’emploi, j’aurai eu l’opportunité de réussir ma vie, très certainement. Cela sous-entendait prendre l’allée rectiligne des études scientifiques, où des anges enrubannés m’auraient ouvert les portes, successivement, des études à rallonge, d’un travail « enrichissant », d’un ou deux crédits pour faire plaisir à mon banquier à la société, e tutti quanti.

Ce n’est pas la faute aux sciences, j’ai toujours apprécié les cerveaux spatiaux et le champs des possibles quantiques – sans aucun doute grâce à ma marraine-fée Scully. Mais que voulez vous : quand on me montre une belle avenue bordée de platanes, sous lesquels s’amusent des enfants en trottinette, tandis que les parents zieutent leurs reflets dans les vitrines de Noël, j’ai juste envie d’envoyer valser votre carte postale et de filer en forêt pour suivre une sente sinueuse.

Faisant fi des trajectoires bien définies, j’ai risqué l’approche dilettante en multipliant les expériences. En essayant de respecter mon pur plaisir, aurai-je créé une nuée de savoirs et de compétences cosmopolites autour de moi ?
J’ai bien du mal à me présenter en deux mots aux nouvelles personnes que je croise, alors je me concentre sur ce que je fais, en ce moment.
Les variations d’hier sont le terreau de mes aujourd’huis : agilité, permaculture, open-source, local, journal, faire, forêt, charpente, initiatives, montagne, rencontres, sauvage, lune, fumée, pouce, cheval, blues, chemins, et cætera.

Cette nuée mute, cette nuée est en mouvement. Elle se déplace tandis que je marche mais elle me guide également en me proposant d’innombrables itinéraires (éternelle kinésphère).
Sous mes pas et à chaque rencontre, je libère des graines qui germeront tôt ou tard et peupleront ma forêt des possibles.

Presque six mois après avoir arrêté de nourrir l’ogre de la réussite, je le sais, ce fut une bonne décision car je suis dans la zone – ce lieu mixte où se côtoient rêve et réalité et où tout semble couler de source.

Voyons voir où le flux m’emmènera, voyons voir où j’orienterai le flux.

En écoutant May All Your Post Rock Dreams Come True de Woodsplitter

Après n°2

Je ne sais toujours pas comment je vais l‘appeler mais j’ai encore deux mois et demi pour détricoter le dictionnaire. Faut-il trouver un nom ?

Année sabbatique ?

Une année sabbatique est une période prolongée, généralement d’une année, dans la carrière d’un salarié, durant laquelle son contrat de travail est suspendu, ce qui lui permet de se consacrer à toute activité de son choix ou de se reposer. […] Il conserve l’assurance de retrouver son emploi à son retour.

Cela serait peut-être mentir à tous mes contacts professionnels, je ne pense pas reprendre mon poste en « rentrant ».

Vacances ?

Les vacances (au pluriel, du latin « vacare », « être sans ») sont une période pendant laquelle une personne cesse ses activités habituelles. Le concept des vacances est lié à l’apparition des civilisations urbaines, contrairement au monde agricole qui, à cause du climat, ne dicte pas un rythme de travail continu tout au long de l’année.

Un peu trop simpliste, je ne suis plus sûre de mes habitudes ni de mon urbanité.

Hiatus ?

Distance entre deux choses abstraites, deux personnes, deux événements.

Trop inclusif, je ne sais pas s’il y aura une parenthèse finale.

P.D.I. ?

Je validerai bien le concept de Période à Durée Indéterminée. Comme une tangente qui aurait oublié de croiser la courbe principale, une faille spatio-temporelle sans promesse de portail de retour, un petit bug dans la Matrice.

Après (tout), je souhaite essentiellement profiter de ma vie (et potentiellement y repenser la place du travail) sans conditions.


Bonjour, je vais tirer une tangente matricielle à condition spatio-temporelle indéterminée, et vous ?

Après n°1

Il fait froid et le soleil est timide.

J’écris plus vite que je ne pense. Cet ersatz d’écriture automatique déverrouille mes quelques blocages quant à « l’Après« .
Je me lance :

Lyon, dans un futur proche.

On1 ne travaillerai pas
On irait dans les monts du Lyonnais
On mangerait des sandwichs en ayant un peu froid aux mains, mais ce n’est pas très grave
On verrait Lyon de loin et on se dirait « Je n’ai pas trop envie d’y retourner« 
Et puis finalement on se rappellerai que c’est une belle ville avec tous ses défauts quand même
On rentrerait vers 18h et on irait au pub boire des canons et des jus de fruit
On écrirait des textes enflammés, dont des lettres de démission et des préavis des locations
Et finalement on partirai en stop au petit matin vers l’Ariège !

On descendrait en stop jusqu’à Montélimar, et là, face aux cheminées de la centrale nucléaire, on se dirait « Mais WTF, continuons sans moteur« 
Alors hop, on trouverait de gentils chevaux qui porteraient notre barda et on continuerait à pieds ainsi accompagnés
De villages en petites villes, de petites villes en villages
On se délesterait du trop au bord du chemin
On agiterait nos méninges pour aider les personnes qui nous hébergeraient, un peu d’informatique par ci, un peu de muscles par là
On cheminerait encore
Et puis, au loin, les Pyrénées
On cheminerait encore
(Il ferait beau)
Et puis, moins loin, les Pyrénées, puis Saint Girons, puis le chemin de Compostelle
Et hop, Balagué 🙂

Des gens, des vaches, notre maison, plein de maisons inhabitées
Un peu de sueur et de temps, on referait le monde, on rénoverait un joli bâtiment, on réfléchirait à comment utiliser notre énergie grise de la meilleure manière
On se dirait « Donnons notre temps et nos compétences à des projets qui en valent la peine« 
Et on le ferait
Chaudement installés dans notre espace de coworking champêtre
On pourrait même faire un fablab
Et un jardin
Un grand jardin
Avec de la place pour les chevaux qui nous auraient accompagnés
Et on vivrait, paysans-développeurs, agricodeurs parmi les agriculteurs.

À poursuivre.

1 Vous êtes les bienvenu-e-s.

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer